Henri Cachau

Écrivain, Peintre et Sculpteur

Brisées…

 

Le grenier de nos mémoires

Est jonché de brisées

Relevant d’amours anciennes

Vieilles photos

Images sulpiciennes

Costumes et robes défraîchis

Le casque et les godillots

D’un aïeul au Chassepot

Dans lesquels nichent des souris…

 

Des mannequins aussi

Délabrés que ces faïences

Attestant d’une enfance

Où vieux clous et ficelles

Au même titre que la vaisselle

Dénotaient ce vil souci

D’éternellement durer

Vu nos frayeurs du noir

Favorable aux seuls loirs…

 

Des actes notariés

Naissances mariages décès

Des titres de propriétaires

Alors que simples vacataires

Déjà nous défaisions

De cette cargaison

D’un inutile outillage

Confortant lui aussi

Notre commun mésusage…

 

Et dans un recoin là

Où ces brisées nous ont conduits

Cet inquiétant coffret

Renfermant les non dits

Entre vieilles recettes

Livres et partitions

Ces missives ouvertes

Parmi lesquelles navrant

Gisent nos amours éconduits…

 

 

Cigarettes…

 

C’est toujours sur l’aurore que nous périssons

Abandonnés de tous car recrus de fatigue

Ces surveillants de nuit dont la seule mission

Est d’empêcher que camarde y danse sa gigue…

 

Lorsqu’à notre entour les bruits et formes estompés

Nous naviguons à vue gorgés de sédatifs

En recherche d’un terme mi-développé

Dont nous entrevoyons l’aspect rébarbatif…

 

Souligné malgré l’extinction de la lumière

Certains compagnons ayant montré le chemin

Sans plainte ni mot en refermant leurs paupières

Puis en catimini s’en allant au matin…

 

Lequel nous laissera sans quêter notre avis

Seuls nous dépatouiller que le diable l’emporte

Alors que confondant sa loupiote de nuit

Nous croirons voir le jour par le dessous des portes…

 

Parfois consternante l’injustice de Dieu

Plus d’égards bénéficiant ceux dits à perpette

Que les moribonds assujettis à l’odieux

Les palliatifs n’ayant pas droit aux cigarettes…

 

 

Celui…

 

Moi je les croyais ces instits en blouses grises

Qui à l’école où j’allais m’avaient enseigné

Malgré leurs préventions concernant notre Eglise

Qu’un astre bienveillant  sans cesse baignerait…

 

Villes et départements jusqu’à nos colonies

Et moi benêt rêveur de ces trop belles histoires

Sans ‘moufter’ j’en gobais les pires vilenies

A peine en recensé-je les communs déboires…

 

Durant ce temps de l’alphabet de la lecture

Celui de l’arithmétique des bâtonnets

Du calcul mental loin d’être une sinécure

Celui des participes et nombreux imparfaits…

 

Le temps des découvertes et ultimes retouches

Celui des ralliements des incivilités

Celui des fausses alarmes des escarmouches

Celui de l’A.Z.E.R.T.Y.U.I.OP…

Celui fastidieux consacré aux écritures

Rébarbatif des lettres de motivation

Celui du déplaisir s’affichant en factures

Sommant le citoyen d’en régler l’addition…

 

Malgré les rescousses d’écrivains de poètes

Celles de Verlaine et plus proche de Toulet

La mainmise du temps qui bien sûr se répète

Signala de ces voies les sombres bas-côtés…

 

L’apprentissage en somme est un choix de raisons

Très claires au début s’assombrissant sur le tard

Lorsque insinuantes leurs vaines objurgations

Sans quitus nous enjoignent à délaisser nos parts…

 

 

L’omelette…

 

Nous chapardions leurs œufs

Jusqu’aux nids les plus hauts

Julien était le plus téméraire

Etait-il inconscient

Ou fanfaron…

Etions-nous innocents

Par procuration

Ne ménageant pas nos bravos

A notre ami y laissant ses os…

Mais l’omelette n’est-ce pas

L’accueil amusé de nos pères

Celui mitigé de nos mères…

 

Alors qu’en révolution

Criaillant et voletant

Nous avisaient les oiseaux

De l’éradication de leurs chants

Ceux qu’advenus le printemps

Nous regretterions…

Mais iconoclastes

Attachés à notre butin

Jamais ne pensions aux lendemains…

Car l’omelette n’est-ce pas

L’accueil amusé de nos pères

Celui mitigé de nos mères…

 

Etait-il inconscient

Etions-nous innocents

Ou jaloux de leurs vols

De l’acuité de leurs regards

Sur nos activités humaines…

Ou présomptueux

Les plaçant dans un seul panier

Sans songer à l’éclosion

Aux chants futurs des oisillons…

Car l’omelette n’est-ce pas

L’accueil amusé de nos pères

Celui mitigé de nos mères…

 

 

La garde…

 

La garde meurt… elle connaît son assaillant

Aussi rien ne lui sert de recourir aux armes

D’imprudemment lever chacune des alarmes

Un ennemi aux portes et l’assaut imminent…

 

Car insomniaques devenues les sentinelles

Inutilement déploieront leur turn-over

Tenteront vainement de se mettre à couvert

Se sachant à portée d’une salve mortelle…

 

Mais ne se rend pas… malgré l’outrage des ans

De dérisoires bonnets à poils ou phrygiens

De vertus civiques dont le manichéen

Vire à leur insu aux désenchantements…

 

En un dernier sursaut délaisse ses bastions

Puis à croiser le fer incite la camarde

Utilisant mousquets couleuvrines et bombardes

Essaie de repousser sa large fauchaison…

 

Hélas jamais ne dure cette rébellion

Dans un grand tohu-bohu tous les guetteurs tombent

Infoutus de surseoir aux appels de la tombe

S’amoncellent un à un frappés d’offuscations…

 

 

A Verlaine…

 

Souvent déraisonnables et de manières frustes

Ils se foutaient des bourgeois nos amis zutiques

Hardiment confrontaient le vers à sa musique

Leurs doubles croches et rimes toujours sonnant juste…

 

Au fronton de leurs nuits les caboulots les bouges

Offraient à ces pendards nourris de vers latins

Ces longs dégagements où le tabac les vins

Echauffaient les humeurs de ces aèdes rouges…

 

Les filles les alcools n’empêchaient ces zutistes

Par-dessus les relents de sexes entremêlés

Tels des faunes assombris s’extirpant des nuées

A pousser leurs fredaines de jusqu’au-boutistes…

 

D’autres consommateurs flattant les bas instincts

De ce chœur aviné de rapins et d’artistes

Savaient de leurs esprits aux penchants d’arrivistes

En distiller le suc de leurs mauvais chagrins…

 

Plus tard éblouis par les clartés de l’aurore

Irrités enfiévrés ces poètes d’un soir

Ivres morts regagnaient ces sombres reposoirs

D’où enfin dévêtue la nuit pouvait s’y clore…

 

Ils les craignaient ces heures ou bien trop vif le jour

De contrastes assassins sculptait leurs déficiences

Ces masques signalant les folles incontinences

De trognes effarouchées saisies en contre-jour…

 

Et souvent pénultième notre ami Verlaine

Abruti par l’absinthe et les sonnets boiteux

Songeur abandonnait ces bordels luxurieux

Il savait que Camarde en éteindrait la scène…

 

 

Souricières…

 

Foncer la tête la première

Ou peaufiner son choix

Le désir bat au rythme des paupières

Lorsqu’il loge sous leur toit…

 

Celui du cœur et des artères

En alerte chaque fois

Que des trottins ou douairières

Les mettent en émoi…

 

Quand au sol une jarretière

Abandonnée parfois

Laisse songer aux souricières

A de la mauvaise foi…

 

Car c’est au fil de nos rapières

Plus souvent qu’on ne croie

Que dédouanant nos prières

L’amour établit sa loi…

S’ensuit une histoire de clairière

De corps au fond des bois

Ouvrant hélas sur des carrières

Avec la mort au bout des doigts…

 

Foncer la tête la première

Mieux peaufiner son choix

Le plaisir ne prend garde aux arrières

Seul s’attache à sa proie…

 

 

Adam…

 

Un sot un oisif

Notre père Adam

Qui ne sut alors que sous sa dent

Effeuiller l’Eve

Avant d’en sucer la fève…

 

Mais de la sève à l’arbre

Du pépin à la pomme

Qu’en savait-il Adam

Balbutiant agronome

Puisque lui fallut mordre

Dieu que désordre

Le fruit acidulé

De sa bien-aimée…

 

Sans avoir auparavant

D’un écriteau fort voyant

Sa prescription déchiffrée

Lui recommandant de :

Bien éplucher le fruit

Avant de consommer…

 

Mais le pouvait-il Adam

Sans économe sous la main

Alors que sous sa dent

Il tenait la chère enfant…

 

Un benêt un tardif

Notre père Adam

Qui ne sut un soir de printemps

La môme déshabiller

Avant de la croquer…

 

Bethléem…

 

Bien qu’ayant passé l’âge l’on aimerait y croire

A ces pères noëls occupant nos vitrines

Abandonner Jésus à ses crèches et mangeoires

L’emporter chaud devant bonne chère et cuisine…

 

Les enfants de Gaza Bethléem de l’histoire

N’auront ni vu ni su de cette nuit divine

Que lors du bref recueillement de l’offertoire

Une salve d’obus touchait la Palestine…

 

Bien qu’ayant passé l’âge l’on aimerait y croire

A ces minuits chrétiens des églises latines

Hélas nos cotillons et serpentins de foire

Signalent alentour de nos vœux la rapine…

 

A ras du sol de leurs frondes les trajectoires

Visent un astre qui ne brille ni opine

Ces mages et bergers confondus dérisoires

Sous les coups désertant ce pays de feutrine…

 

Bien qu’ayant passé l’âge l’on aimerait y croire

A ces  soirées ou villancicos et comptines

Entre toasts élevés entre fromage et poire

Un instant seulement occultent la lésine…