Henri Cachau

Écrivain, Peintre et Sculpteur

Minuits

 

 

Les ailes de nos nuits ont des saveurs nocturnes

Des embruns des jusants des ponants d’équinoxe

Où nos soifs attisées s’y abreuvent à l’urne

Abritant de grands vents les souffles hétérodoxes…

 

La plage de tes atours à son sable si chaste

Que les flux et reflux y brodent un littoral

Tissent de nos sursis la parure plus vaste

L’écho intermittent et le déduit loyal…

 

Les cheveux de tes nuits ont la corde si frêle

Qu’enjouées mes mains y transcrivent des accords

D’intimes sérénades aux sonorités grêles

Assemblant tes soupirs et rythmes si discords…

 

L’aisselle de mes rêves à des odeurs femelles

Ses rivages en sont flous sur le coup des minuits

S’y inscrit rémanent de nos vertus rebelles

L’incessant mouvement d’une marée qui bruit…

 

 

Aux poètes

 

Annotées rouge et noir au treillis de vos gammes

De nos constitutions rien moins qu’hermaphrodites

Conclûtes les raisons d’adventice Paname

Limitées aux confins de songes sybarites…

 

Jean-Roger sobre et clair et toi Ferré aux notes

Parcourûtes grand frais d’incontinents déserts

Provoquant fraternels la cargaison de potes

A vos basques attachés de poètes diserts…

 

Du maudit à l’extra de vos courroux d’artistes

De parias suscités par vos exhortations

Vous levâtes incongrus ces lignages peu tristes

Bardés de poings dressés de revendications…

 

Du plain-chant déclamé aux ris polyphoniques

Vos gueules d’anges noirs abouchés à la femme

Déclinèrent à cru mémentos et suppliques

La gauloise à des bleus la musique de l’âme…

 

Jean-Roger doux amer et Léo sarcastique

Qui d’Ostende à Paris d’accords en ritournelles

Mélangeant précessions et pensers scolastiques

Arpégèrent l’amour sur un air de javelles…

 

L’anarchie et Villon l’avenir communiste

Vos complaintes sont tues vigiles sur la hune

Perdurent en vinyles oripeaux de pigistes

De vos fraternités leurs voix si peu communes…

 

 

Les conquérants

 

 

 

Au diable les saisons leurs norias de misères

Les conquérants tachés d’orgueil d’ambition

Ne savent que combattre n’ont pour seuls repères

Que leurs musculatures et fortes complexions…

 

 

Hélas de ces voyages et conquêtes surprises

Ces sommets inviolés devenus dérisoires

Ces politiques tues ces mémoires commises

N’en perdurent qu’azur et cyniques grimoires…

 

 

Faudrait fuir vers l’avant brûler vaisseaux jeunesses

Ne faire aucun cadeau à cette inquisition

Dont l’offre générée par de fausses largesses

Ne propose qu’absences et décompositions…

 

 

D’illusoire tressé ces soldes d’aventures

Aux récurrences anciennes de géographie

Ne délivrent ô cauchemars que la rupture

Entortillant surfaits nos désarmants défis…

 

 

Fonctionnaires de jour factionnaires de nuit

Les conquérants frappés d’orgueil d’ambition

Des paradis là-haut leur bourdon les conduit

Vacants à s’efforcer à des masturbations…

 

 

 

 

Récit 

 

 

Ecrire dessiner ces feuillets pudibonds

Jamais ne s’éprendront ni du ciel ni du large

D’un quidam n’attendront de possible rebond

D’un espoir sa venue comme retour de charge…

 

 

Jamais l’illustration de nos carnets intimes

Ne s’abandonnera à la révélation

Trop de sexe de sang s’écoulent de leurs rimes

Tout en contrefaisant l’art de la création…

 

 

Ce cours tranquille où s’amalgamaient les âges

Les humeurs et ferveurs d’autres générations

Cette marche servile qui sur son passage

De nos dieux déroutaient le principe illusion…

 

 

Monstrueuse depuis l’ère de notre monde

Puisque sollicitant Torquemadas sorciers

Y mélangeant furieux et l’ire et la faconde

Dans des grimoires anciens aujourd’hui oubliés…

 

 

Dont l’œcuménisme enclin à oblitérer

Leurs débauches orgies et autres assassinats

Nous oblige parfois à nous en référer

A de vivants témoins aussi indélicats…

 

 

Demeure à mots couverts ce propos du diariste

Dont l’intimité seule à seule convolant

Urbi et orbi déclarerait utopiste

D’en départager le fonds mal contrevenant…

 

 

Pour les uns confirmant l’usure quotidienne

Chez les plus modérés une péripétie

Chacun en saisissant de sa partie pérenne

La juste application d’un aussi bref récit…

 

 

 

 

 

 

 

Sommations

 

Au nom d’un adultère

D’une rupture de contrat

Il ne s’agit pas

San sommations

De jeter sur quiconque

Le mériterait-il ou non

Une première pierre

Ce serait une aberration

D’ailleurs Jésus l’interdit

Puisque à nos dépens

Des remords courraient…

 

Comme pipes ou cartons

Sur une fête foraine

Il s’agit sans sommations

De le viser au front ce quiconque

A ses dépens

Plus qu’aux nôtres

De sa parole s’étant démis

La loi du Talion

Encore en vigueur

Nous y autorise…

 

Les cibles manquées

Les vexations

Rappelez-vous des pires

Donc il s’agit

Sans sommations de l’abattre

Ce quiconque

Ainsi faire cesser

Les railleries extérieures

Gagner en respect inhumain

Les fiers à bras

Non… mais…

 

 

 

Le Galérien

 

 

Hurlez vents

Giflez tempêtes

Je ne suis pas un bon chrétien

Que dieu me garde

Sauve et mon âme

Et ma tête

Ainsi déclame le galérien…

 

Brûlez temps

Ressassez peines

Dieu m’en livra son comptant

Assassinats viols d’innocents

Bonnes gens

Je ne suis pas bon paroissien…

 

Sifflez mâtons

Eclatez déveines

Je ne suis ni loyal ni compagnon

Que la camarde intercède

A nos vœux

Ainsi le réclament ces vauriens…

 

Hurlez vents

Défilez tempêtes

Je n’eus jamais d’heureux maintiens

Seules vos prières vos neuvaines

Bonnes gens

Délivreront bagnards et galériens…

 

 

 

Récurrences

 

 

D’insolites récurrences

De plurielles déraisons

Un rien s’attache

A nos semelles de plomb

Finis Oural steppes barbares

Nous pourvoirons en gais parricides

Nos avenirs ‘plouto-crassiques’…

 

De subtiles préférences

Tes plurielles oraisons

Un rien s’attache

A nos semelles de plomb

Bonjour l’amour le scoop est sur la hune

Nous pourvoirons en régicides

Nos nocturnes ‘démo-christiques’…

 

D’incertaines récurrences

De trop officielles raisons

Un rien s’attache

A nos semelles de plomb

Adieux plaisirs mythologies cavales

Nous pourvoirons en fratricides

Nos futurs ‘ci-gît phalliques’…

 

A Nicolas De Staël

 

 

Au ghetto noir de nos couleurs

Qui peut nous répondre

Nicolas…

 

Nous n’avons que le rouge

Le bleu le sombre

Parfois un soleil

Rangé dans la pénombre

Nicolas…

 

Au chevalet de la douleur

La palette se veut dérisoire

Mais qui viendra dans nos soirs

Raviver nos couleurs

Le rouge et puis le sombre

Nicolas…

 

Hélas

Le soleil meurt la palette s’assombre

L’idée se ternit quand l’amour se cerne

Mais qui viendra avant que ne ferme

Le ghetto noir de nos couleurs

Nicolas…

 

Au ghetto noir de nos douleurs

Qui peut donc nous répondre

Nicolas…

 

 

Hélas

Le rouge

Le sombre…

 

Qui donc

Nicolas…