Henri Cachau

Écrivain, Peintre et Sculpteur

Voix…

 

Père pourquoi les pays ont-ils des frontières

n’empêchant pas des citoyens de s’en soustraire

D’au-delà leurs vains pointillés porter leurs voix

Grâce aux vents faisant fi des tracés d’autrefois…

 

Père alors qu’emprisonnés sur notre globe

Pourquoi tant de haine de propos xénophobes

D’interdictions d’y pérégriner sans encombres

Qu’incessantes guerres l’amenant à décombres…

 

Père ces murmures et rumeurs dans les ramages

Ces bruissements indiscrets ont-ils leurs raisons

De faire se lever révolte en ces feuillages…

 

Sombres occultant ces nids d’où la sédition

Colportée par les zéphyrs et autre aquilon

A ceux qui l’espèrent délivre son message…

 

 

Le lit

 

 

Le lit avait son charme en saisons des amours

Lorsque batifolant nous y configurions

Ces si lestes postures émanant de discours

Tenus par nos aînés en mal de sensations…

 

Ayant comme exutoire la fornication

Recherchée dans ces ouvrages pornographiques

Permettant à nos énièmes copulations

Au gré des performances user de gymnastique…

 

Savions-nous qu’à leur issue la procréation

Sans trouver à redire à nos prestes gambades

Rejouerait à son tour de la génération

Son principe premier au fil des embrassades…

 

N’avions-nous connaissance des parturitions

Renvoyées aux calendes grâce à la capote

Déjouant des calendriers toutes précautions

Sachant bien qu’ici-bas tout ce qui se tripote…

 

Finit par donner fruit et de surcroît un nom

A ces êtres qui bougent et qui brament en chœur

Ivres de jouir sans pilule ni condom

Dans de grands lits ouverts recourent à nos mœurs…

 

 

Antonio Machado (à)…

 

 

Etions-nous si pressés d’en jouir

De cette fallacieuse abondance

Pour abandonner puis trahir

Tant de familiers personnages

Dont la futile ordonnance

Conditionna leur mainmise

Provoquant notre cécité…

 

Plus lourde plus pondérale

La charge de notre société

S’appesantit sur notre dos

Nous fit accroire l’image

Enchanteresse de l’usage

D’un superflu dont sa décharge

Eut d’un poids mort soulagé nos os…

 

Serait-il l’allègement

Tardivement venu pour affronter

Ce que tes instructions Antonio

D’aller à pas lents et mesurés

Envisageaient d’un soulagement

Lorsque les ultimes pourcentages

Nous condamnaient à l’essoufflement…

 

Bien nous rappelas-tu chemineau

Que de ces clauses de passage

Léonines libérales

Nous nous en soustrairions Machado

Alors que ployant sous ce fardeau

Par un décisif mais combien sage

Retour à l’anomie libidinale…

 

Sachant que légers d’équipage

Qu’il soit accessible ou pentu

Nous pourrions d’un sentier d’alpage

Aborder ces clochers pointus

Qu’aveuglés par la chalandise

Nous ne sûmes Dieu quel outrage

Hier admirer à notre guise…

 

 

Maîtres abscons…

 

Maîtres abscons pourquoi vous donner tant de peine

A réfuter de l’animal ce que nos sens

Requièrent ce qu’une nature souveraine

Nous offrit en son intégral…

 

Nous fallait-il après tant de siècles de haine

Toujours nous référer aux pires contresens

Aux nombreux génocides et tristes mises en scène

Ouvrant sur un monde létal…

 

N’avions-nous ici-bas d’autres prolégomènes

Qu’entre l’intérêt et son attrait pour le cens

A l’envi usurpant du sort toute déveine

Entre autres principes fatals…

 

Cerbères qui sans fin pour un os se déchaînent

Nous fallait-il controuvés par vos double sens

Entre inconduite et irrévérencieuse traîne

A jamais choisir l’immoral…

 

Maîtres abscons votre creux discours nous ramène

Ilotes à souvent obvier l’unique sens

Alors qu’eût fallu étirant la longue chaîne

Nous raccorder à l’animal…

 

 

Chevet…

 

 

Lorsque ton œil se cerne et que ton front pâlit

Lorsque ta joue se creuse et que ton buste plie

Combien désolants et cette décrépitude

Et ces vilains stigmates induisant l’hébétude…

 

Lorsque tu te raidis sous l’offense des maux

Que tu délivres plus de râles que de mots

Que malgré mes soins mes prières et suppliques

La résistance du corps hélas tu abdiques…

 

A ton chevet j’y ai appris non l’abstinence

Mais la mise en abyme ou plutôt à distance

L’accrochage d’un astre à ce firmament

Vers lequel le soir je prierai dorénavant…

 

La défiguration n’atteindra pas ton âme

Ou plutôt la représentation de la femme

Qu’à mes côtés si brillamment tu illustras

Durant ces années où l’amour nous fut contrat…

Gouges et pinceaux je saisirai mon matériel

Puis m’efforcerai d’un élan circonstanciel

A réparer l’affront commis par ces ravages

De ton être avilissant cette unique image…

 

Qu’ultime survivant je veux sauvegarder

Que mon art balbutiant saura avantager

Malgré ce désaccord pré-signalant le glas

En reprenant ici ce qui se déprend là…

 

 

 

Bactérie…

 

 

Si la science avance

Contourne ses positions

Maligne elle recule

Pour mieux se retrancher

Engager une guerre de ligne

Contre-attaquer au flanc

Foie rate ou pancréas

Privilégie ses sapeurs

Seuls capables dans l’ombre

D’éroder les soubassements

D’un monde médical…

 

Peu lui chaut

L’importance des bêtes

Du dinosaure à l’humain

Leurs tailles leurs prétentions

Sa guerre de tranchée

De leurs gros bataillons

Tôt ou tard

Foie rate ou pancréas

Vaincra

Leurs jeux vains d’éprouvettes

Sa taille lui suffit

A la bactérie…

 

Elle le sait

L’infiniment petit

A raison du plus gros

Ramenant sa science

Alors que du défi

Il connaît l’obsolescence

Quand attaquées ses défenses

Foie rate ou pancréas

L’une après l’autre il abandonne

Ses redoutes et chaires

A l’ennemi infime

Faisant lui bonne chère

D’un bout de caducée…

 

 

 

Fleuve…

 

 

Pèle mêle les charriant

Les malmenant

Boues noircies

Les drainant dans tes plis

Flots mouvants

Fantasques

De nos maux nos perversions

De nos lamentations et cris

O fleuve qu’as t-u fait

De leurs amères réminiscences…

 

Que cet océan

De pleurs et de remords

D’oiseuses paroles

De promesses de serments vains

Noyés brassés roulés

Leurs faiblesses et hypocrisies

Dans tes ondes fangeuses

Leur cours débordant

Nos ultimes souvenirs…

 

Ombragés tes rivages

Sustentés par tes flots

Par l’aviron cadencés

Dans quels buts

Ces méandreux voyages…

Serai-ce

Qu’en maître mal avisé

D’un écoulement imparfait

Tu te plais à violenter

Notre temps

Ce leurre…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sabbat…

 

 

 

Parfois à ces ménades j’attribue des grâces

C’est selon mon humeur du jour la météo

Il suffit du regard d’une fille qui passe

Pour de la tête aux pieds m’échauffer aussitôt…

 

La brune la blonde la rousse ou la châtain

Rien ne sert de trop solliciter leur concours

Puisque ni muses ni bacchantes mais catins

D’une étoile pour sûr n’en suivront son parcours…

 

Fréquenter les égéries je sais où ça mène

Vous risquez de rendre folles de jalousie

Choisissant entre Calliope ou Melpomène

Celles délaissées dont la pire Polymnie…

 

De leurs allégories dressant un consistoire

Illusionnistes les sachant je m’en méfie

Au Mont Parnasse préfère mon écritoire

D’où à distance je tiens leurs agaceries…

 

Lors insatisfaites de mon inappétence

Enjôleuses elles essaient de m’enjoindre au sabbat

Mené sur le rythme d’endiablées contredanses

Conduites par Euterpe et son chœur de nanas…