Henri Cachau

Écrivain, Peintre et Sculpteur

Cécité

 

 

La cécité gagne prend garde mon ami

Tu risques de te voir passer par son tamis

Recouvre tes facultés d’émerveillement

Songe que chaque jour est un avènement…

 

Verlaine un connaisseur l’avançait autrefois

Pour croire en la lumière nul besoin de foi

Suffit de par dessus les toits d’un œil qui ose

La voir se diffracter sur les êtres et les choses…

 

Nous certifiait que c’est par les fenêtres

De nos cellules ou cages de nos dépressions

De nos vains préjugés de nos fausses illusions

Que nous l’atteindrions si objectifs peut-être…

 

Celle qu’aveugles nous ne savons percevoir

S’élevant somptueuse s’éteignant le soir

Présente dans les ris et les yeux de l’aimée

Qui craignant la chlorose s’en sera grimée…

 

La cécité gagne déjà la couleur grise

Endeuille le monde sournoise nous dégrise

Ami rebelle-toi ne laisse pas le noir

Effacer lentement nos chemins vers l’espoir…

 

 

 

Arachnide

 

 

A quoi servent tes gambettes

Vilaine bête

Tes yeux globuleux

Ton ventre rond

Toi qui de l’épate

Ne connaît que la carapate

Ton retranchement

Dans un recoin secret…

Que la vie ne tienne qu’à

Je ne te l’apprends pas

Fildefériste

Toi dont le numéro

Entre espoir et chagrin

Ne laisse grain

Ni à l’amoureuse

Ni à son amant transi…

 

Sachant qu’à ta guise

Arachnide

Inconséquents et prestes

Epiant leurs gestes

L’un après l’autre

Sur ta toile

Leurs vies suspendra

A un fil…

 

Car ce miroir

Tendu à ces transfuges

Est-ce un refuge

Soir après soir

Les mithridatisant

Tes yeux globuleux

Et tes gambettes

Vilaine bête…

 

 

 

Professe

 

 

C’était avant que son cousin

Elle s’était confiée à l’abbesse

Ma mère lui dit à confesse

Dès mâtines Jésus m’oppresse

Craignez plutôt le malin…

 

C’était avant que son cousin

Elle avait fait vœux la professe

De se couper ses blondes tresses

Craignez ma sœur que le malin

Ce ne soit lui qui vous agresse…

 

Car sous de spécieuses caresses

Il peut avoir l’air d’un cousin

Qui au matin de vos promesses

Viendra vous chatouiller vos fesses

Tâter votre con de nonnain…

 

Le Seigneur seul ravit mon sein

Vous entende ce trois fois saint

Car ce parent bien trop s’empresse

Et se peut qu’en un tournemain

Ne vous plonge en grande détresse…

 

C’était avant que son cousin

En lui restituant ses tresses

Il sut si prendre ce coquin

Avec grande délicatesse

Nubile la conduise à messe…

 

C’était avant…

 

 

Marelle

 

 

Entre le ciel la terre

L’enfer le paradis

Faut-il donc être hardi

Pour relever l’enchère…

 

Echelle de corde

Echelle de craie

L’on n’atteint pas au ciel

Sans y poser un pied…

 

Une question d’échelle

Chaque adulte le pense

Quand l’enfant d’un suspense

En use les ficelles…

 

Echelle de corde

Echelle de craie

L’on n’atteint pas au ciel

Sans y poser un pied…

 

Un pas mal suspendu

Ou un pas de travers

Le risque est toujours clair

De s’y trouver pendu…

 

Echelle de corde

Echelle de craie

L’on n’atteint pas au ciel

Sans y poser un pied…

 

S’ils jouent à la marelle

Les grands eux font semblant

De leurs gagnants gagnants

L’avoue la ritournelle…

 

Echelle de corde

Echelle de craie

L’on n’atteint pas au ciel

Sans y poser un pied…

 

Cloche pied grand écart

Seul le palet parcourt

Ce que l’idée du jour

Consent au grand départ…

 

Echelle de corde

Echelle de craie

L’on n’atteint pas au ciel

Sans y poser un pied…

 

 

La clef

 

Nous avions montagnes et vallées

Nous avions l’océan la mer

Les veaux vaches cochons couvées

Avec un seul versant amer

Nous étions tous condamnés…

 

Des quatre saisons leurs couleurs

Leurs prémices fruits et denrées

Parfois l’amour comme douceur

Durant ces prodigues années

Où le partage prévalait…

 

Ne souffrions ni propriété

Ni de l’économie ses dogmes

Chaque prochain nous incitait

A plutôt jouer l’économe

Dans nos pires difficultés…

 

Bientôt fûmes propriétaires

Chacun son lot son HLM

Avec un regard sur l’arrière

Par peur crainte de ceux-là même

Autrefois considérés frères…

 

Tous attachés à nos lopins

Chacun fit monter des serrures

Elles n’empêchèrent aucun destin

De tourner à mésaventure

Se réduire à peau-de-chagrin…

Le maître d’œuvre serrurier

Lorsqu’un jour fîmes appel à lui

Plus inspirateur qu’ordurier

Nous signifia qu’après la pluie

Mais à condition de pallier…

 

La perte de sa clef des champs

Qu’en grandes pompes il nous remit

Bien qu’intéressés nous sachant

Ladres et sourds à la poésie

Inaptes au bonheur sûrement…

 

 

 

Des choses

 

 

Il y avait des choses à faire

Nous avons préféré le taire

Craignions-nous leur obsolescence

Ou pire leur inconvenance…

 

Chacun y trouvant à redire

Puis leur utilité médire

Alors que sachions pour autant

Que toutes s’accordaient au temps…

 

Qui à sa guise sut y faire

Sans cesser d’en rien nous complaire

D’une collusion de secrets

Les convertit en vifs regrets…

 

Il y avait des choses à faire

Nous avons préféré le taire

Craignions-nous donc leur bienveillance

De nos cœurs gros l’ambivalence…

 

Chacun y trouvant à redire

Nu ne se risqua au dédire

Il fallait suivre le courant

Les ordres des condescendants…

 

Qui à leur tour surent y faire

Firent en sorte de nous soustraire

De la maîtrise de ces choses

Pire de nos métamorphoses…

 

 

 

 

Doubles peines

 

 

 

 

Du paradis perdu au travail à la chaîne

L’avenir s’est changé en horizon boursier

D’où s’y surélèvent des êtres carnassiers

Dans leurs choix confortés l’industrie puis la laine…

Juste raison de nos doubles peines…

 

 

Des pharaons anciens à nos rois à nos reines

Combien de grands Versailles furent érigés

Au prix de l’écimage d’hommes dirigés

Au nom d’une faction se voulant souveraine…

Juste raison de nos doubles peines…

 

 

Des empires à la déliquescence romaine

Combien de légions de partisans sacrifiés

Sur l’autel d’un Mammon grimé en financier

Dont les Montecristo ont du dollar l’haleine…

Juste raison de nos doubles peines…

 

 

Les idéologies leurs illusions pérennes

Gardons-nous en mieux valurent nos jacqueries

Pour nous prévenir de spécieuses menteries

Qui à nos dépens nous maintinrent en quarantaine…
juste raison de nos doubles peines…

 

 

Le plaisir pour les uns pour les autres la gêne

Ce principe basique en sa résolution

Ne trouverait-il de réelle application

Ici-bas qu’en ré-instituant la géhenne…

Juste raison de nos doubles peines…

 

 

 

 

NI ni

 

 

Ai-je trop tiré sur la pipe

Abusé du bourbon

Du jupon de la fripe

Et du meilleur houblon…

 

Ni regrets ni remords

Je ne vais pas quasi mort

Embarrassé un cœur

Gros qui fait des siennes…

 

Se la joue oppressé

Laisse les acouphènes

Et leurs chants de sirènes

Lui ficher le bourdon…

 

Quand il faut être clair

Et ferme sur son passé

Malgré ses mille impairs

Au moment de clamser…

 

Ai-je eu raison ou tort

La pipe les jupons

Ni regrets ni remords

Ce n’est plus de saison…