Henri Cachau

Écrivain, Peintre et Sculpteur

Le coq…

Empanaché bouffi d’oripeaux de talents
dès le jour il suspend d’un trémolo aptère
rêves et cauchemars les érections amères
hors de saison dressées matutinalement…

se sait-il menacé l’impénitent bavard
rassuré par sa cour s’éprenant du héraut
dont la folle cuisson arrosée d’un ‘margaux’
derechef pourvoirait à son orgueil vantard…

richement attifé ce prince des volières
de propos culinaires en considérations
compassé ressemble sans crosse ni fanion
aux évêques entichés de leurs grâces plénières…

la promènerait-il son imbécillité
s’il jugeait qu’alentour les poules ses commères
en lieu de caqueter sur ses exploits ma chère
philosophaient sur l’œuf ses probabilités…

ainsi va dans la majorité des duchés
ces parcelles de cour où nous nous pavanons
faut-il que nous soyons imbus ou éméchés
pour d’un tas de fumier en faire un Trianon…

 

La chenille…

malgré ses mille pattes la chenille en rampant
se hisse avec grand-peine au-dessus des parterres
encore heureux que ce futur lépidoptère
s’adjoigne des ailes en se démultipliant…

sa chrysalide chue vint la ‘mariposa’ (papillon en espagnol)
légère et ingénue revêtue d’arc-en-ciel
inspirée par des sucs d’odoriférants miels
à folâtrer se prit puis se prédisposa…

plaine ma plaine se remplit de papillons
mais les foins sont coupés la saison déjà close
leur vol s’en ressentit la nature forclose
insoucieuse enrôla et le Dniepr et le Don…

ils viennent disparaissent aspirent à des lieux
une fois accomplies leurs voltiges spatiales
pas de deux déjetés leurs parades nuptiales
puis s’éclipsent en vols en subtils camaïeux…

sont-ce leurs battements fragiles ou cadencés
cet incessant ballet de trompes qui prospectent
cette inconcevable légèreté d’insectes
qui font à notre insu croître les graminées…

et virevoltent tous ces anciens processionnaires
devenus phalènes bombyx ou machaons
des rives de Garonne et du Dniepr et du Don
tôt ou tard pourchassés car requis aux bestiaires…

papillon vole mais rabattant son filet
suite à ses poursuites fréquemment inutiles
se surprend le chasseur à penser au futile
desseins concourant à ce bref articulet…

nous aussi humains sommes des êtres rampants
l’admettre permettrait de pouvoir s’élever
sans crainte de nous fracasser en retombant
parmi les brocards à notre encontre levés…
Les deux chevaux…

si ces chevaux parfois se retrouvaient au pré
hormis d’y brouter ils ne savaient que se dire
si ce n’était en leur for intérieur maudire
l’éleveur les condamnant à vivre aussi près…

si le boulonnais boulonne le trotteur trotte
le lourdaud des billes de bois se coltinait
quand le pur-sang en vue du poteau quand ça frotte
à très grande allure ses jambes moulinait…

bien sûr le trotteur avait droit à des égards
aux brossages et double ration de picotin
quand le débardeur comme s’il fut un bagnard
jamais ne recevait ni avoine ni foin…

la dite Altesse en championne gagnait des courses
seule portait haut les couleurs de l’élevage
le manouvrier lui n’assurait d’autres courses
qu’à venir débarder suivant les abattages…

hélas la vie sportive ne dure qu’un temps
tôt l’insuccès fait descendre du piédestal
ce trotteur ne s’attendait pas aux contretemps
sa vie pensait vivre tel un rêve idéal…

déchue l’ex-championne s’en retourna au pré
elle y craignit d’y rencontrer d’autres chevaux
certains goguenards qui la serrant de très près
lui rappelleraient son peu de cas du rustaud…

bien plus vite qu’acquis son prestige s’en fut
éloigné des poteaux survient l’équarrissage
incapable hélas de corriger ce qu’il dût
le boulonnais assurerait son trimballage…

nous devrions le savoir la gloire est éphémère
quand le muscle fléchit elle s’éclipse aussi
dont ça ne sert à rien de viser ses repaires
sachant qu’y prétendre nous restons à merci…

L’altesse vieillissant…

sa mort se signalant le roi lion s’en fut
dorénavant vivrait de simple charité
comme si différemment en avait été
durant son règne ou chacun apportait son dû…

ses anciens courtisans lui fermèrent leurs portes
lui rirent au nez le roi est nu vive le roi
le flagorneur sait quand vient le temps du choix
fort opportunément saisir celui qui porte…

podagre vieillissant poursuivit son chemin
y recueillit des refus pire des insultes
de la part de vassaux ayant perdu le culte
et leur foi en un régime sur le déclin…

les huées succédèrent aux vivats d’autrefois
tout le menu peuple qui payait son écot
aux aboiements et clabaudages fit écho
satisfait de peut-être reprendre ses droits…

passez votre chemin on a déjà donné
ni serfs ni manants personne ne s’apitoie
à l’aune des largesses on juge de l’aloi
votre altesse jamais a-t-elle pardonné…

ni griffe ni croc à peine un vagissement
ce retour à l’enfance est-il aussi cruel
que le plus élaboré de nos rituels
n’en puisse repousser son désenchantement…

Charles l’avait dit la vieillesse est un naufrage
d’autres couronnés l’avaient aussi constaté
quoique une vie de cour faussement contrastée
leur fit de l’Histoire espérer un sauvetage…

il faut savoir s’éloigner le sage l’indique
s’alléger du fardeau un cahier y suffit
peut nous accorder ce momentané répit
avant de succomber sous le poids de l’inique…

Le loup et l’agneau… revisité…

En ce temps-là la pollution n’existait pas
quand aujourd’hui nous pâtissons l’industrielle
que nous devons considérer circonstancielle
et jusqu’aux animaux les met dans l’embarras…

en ces anciens temps l’eau était claire et profonde
pour y étancher sa soif et son narcissisme
suffisait de s’y pencher par sensualisme
y jouir d’une image reflétée par l’onde…

ce à quoi selon le fabuliste un agneau
prenant grand plaisir à sa découverte
sans savoir qu’isolé il allait à sa perte
une fois décidé l’abandon du troupeau…

on lui en avait parlé sans doute décrit
mais la réalité dépassait la fiction
bien plus horrible que la dite description
la figure du loup lui fit pousser un cri…

car sa gueule se superposant à sa tête
l’agneau comprit qu’il allait être mangé
que par sottise s’étant mis en grand danger
sans un quelconque recours ce serait sa fête…

déjà le monstre se pourléchait ses babines
ironisait sur sa famille de moutons
espèce providentielle pour ce glouton
faisant bien peu de cas de leurs gracieuses mines…

serait-il dévoré l’onde lui fut propice
il demanda au loup de vouloir s’approcher
certain de le voir fuir sa figure ébauchée
son monstrueux faciès le menant au supplice…

avoir la tête de l’emploi ne suffit pas
il faut aussi démontrer un fort caractère
sinon il n’est d’issue que de se contrefaire
ça ne dure qu’un temps surtout n’essayez pas…

Les deux chatons…

frères d’une même portée
suite à leur distribution
maman tu vois ils sont mignons
deux chatons restèrent au foyer
un chat noir dont nul ne voulut
on connaît les préventions
à leur sujet fruit d’irraison
puis un blanc dont la couleur plut
malgré des soins requis au lavage…

le détesté serait chasseur
parmi les rats les prédateurs
commettrait razzias et carnages
le bien-aimé chat de salon
ferait la joie des demoiselles
jusqu’à ce jour où d’un coup d’ailes
abandonneraient la maison…
chacun s’attacha au métier
chez les rongeurs l’un fit office
l’autre sacrifiant aux blandices
vit perdit l’intégrité…

on nous l’apprend l’oisiveté
pire encore la gourmandise
et la paresse l’entremise
droit mènent à l’obésité…
quant au haret vif et allègre
terreur devenu chez les loirs
bien qu’il dût chasser certains soirs
toute une fourmillante pègre
il se savait chez les humains
utilement considéré
bien mieux que l’eunuque abhorré
se prélassant sur des coussins…

le forgeront vit dans sa forge
le boulanger face au fournil
vêtus de blanc ou de coutil
que nul ici ne se rengorge
nous ne tenons qu’un seul profil
surtout ne tendons pas nos gorges
aux vices ils couperaient ce fil…
Humeur ou raison…

le bileux apprit à compter
ça n’arrangeait pas les affaires
le malicieux savait y faire
il ne s’en laissa pas conter…

pourtant ce n’était pas Cayenne
n’existaient ni chaînes ni boulets
seulement le zoo de Vincennes
où ces frères furent enrôlés…

l’un trop s’affligeait de sa peine
regrettait jungle et canopée
l’autre profitant de la scène
son humour a développé…

sachant ce qu’il en attendait
multipliait ses facéties
ainsi espérant son cadet
soustraire des ses bouderies…

avait-il raison ce macaque
de passer outre son humeur
lorsque son cousin dans sa caque
se complaisait dans son malheur…

escomptait par sa triste mine
apitoyer quelque regard
celui d’un enfant en sourdine
prenant pitié à son égard…

lui balançant des cacahuètes
en signe de complicité
que ce singe c’était trop bête
refusa par hostilité…

autant d’humeur que de raison
nous sommes également construits
ainsi fait que de nos saisons
devrions les aborder instruits…
Le cacatoès et les mésanges…
Don Léon comme l’appelait son maître
un vrai cacatoès de qualité
la vaste Amazonie l’ayant vu naître
s’il n’échappait pas aux contrariétés
dues à son cruel emprisonnement
l’habitude bien pire le confort
d’une pitance quotidiennement
assurée le condamnèrent à ce sort…

le va et vient d’insouciantes mésanges
n’ayant ni ses couleurs ni son ramage
des admiratrices ou de mauvais anges
virevoltant alentour de sa cage
si vraiment elles ne le narguaient pas
attirées surtout par la nourriture
le pauvre perroquet n’empêchaient pas
de pleurer sa primitive culture…

celui d’une myriade d’oisillons
aucun ne sifflant l’internationale
ni mezzo-soprano ni baryton
quand sa tessiture bien qu’inégale
d’un chœur où il se confondait aux autres
lui permit de devenir ce soliste
apprécié des enfants qui bons apôtres
la réclame assuraient du vieux choriste…

siffler et chanter une consécration
l’ara n’en oublie pas l’apprentissage
suivi du processus d’abdication
l’ayant mené à contenir sa rage
alors qu’à son entour les passereaux
s’ils ne le blâment pas lui font comprendre
jusqu’aux ballets incessants de moineaux
qu’il eut dû à cet avenir s’attendre…

que talent s’il y a on ne le monnaie pas
au risque d’y laisser bien plus que son plumage
que si notre destin nous ne l’acceptons pas
nous ne pouvons en refuser son parrainage…

La cigale et le grillon…

Reine du monde provençal
célébrée par Frédéric Mistral
les troubadours les félibriges
parachevant son haut prestige
descendre de son piédestal
en période de festivals
qu’est-ce donc qu’elle cherchait
au risque fort de trébucher…

s’élever on peut comprendre
mais à plus petit condescendre
la diva n’avait rien à y gagner
sinon son vice désigner
commun chez tous ces égotistes
se prétendant de grands artistes
de l’autre chacun suspectant
de meilleurs organes et talents…

habituée aux grandes scènes
de son public plutôt amène
la gloire ne lui suffisant pas
pourquoi chut-elle en contrebas
qu’attendait-elle du grillon
modeste joueur de violon
qu’il l’amusât la divertît
du beau milieu de sa prairie…

dont le succès l’embarrassait
quand le sien ne lui suffisait
un serpent qui passait par là
ouvrit sa gueule et l’avala…
Grand malheur pour la concertiste
il est trop tard et s’en attriste
elle eut dû de son seul talent
s’en prémunir quand il fut temps…
Le mouton et l’araignée…

S’était-elle égarée ou bien le feignait-elle
on la connaît pourtant attachée à son fil
ce qui dut le mouton intriguer de plus belle
lorsque l’araignée lui dit j’ai perdu mon fil…

ainsi que mes compagnes vais donner le jour
n’ayant plus d’abri sûr j’ai pensé à ta laine
dont à profusions produisez comme séjour
vous pourriez m’y loger jusqu’à la lune pleine…

l’agneau par chez nous symbolise l’innocence
lui était-il donc loisible d’y déroger
à la quémandeuse refuser bienveillance
de sa mansuétude dut s’interroger…

la ponte survint et il faisait vilain temps
le mouton n’allait-pas les jeter au dehors
attendrait que les cieux devinssent plus cléments
cette mini-portée méritait son confort…

mais c’est le sien hélas qui graduellement
se détériora plusieurs de ces nouveau-nés
s’accaparant de sa toison y gambadant
sous l’œil d’une génitrice à peine gênée…

ayant éliminé boucs et brebis galeuses
afin de se protéger des insectivores
avait choisi ce figurant d’image pieuse
condamné à porter secours à la pléthore…

ni pitié ni charité ne pas les confondre
recouvert de vermine il fut mis à l’écart
aucun de son troupeau ne voulut correspondre
avant l’heure tondu il périt sans retard…

secourir nos prochains n’est pas chose facile
et pour notre malheur cela ne s’apprend pas
de leur porter secours serions-nous plus tranquilles
le risque n’est-il grand de commettre un faux pas…